ROSHEIM – Eglise Saints-Pierre-et-Paul

Photo : J.Ph. Grille

André Silbermann

1733

Partie instrumentale classée au titre des Monuments historiques en 1973

C’est pour la magnifique église romane Saints-Pierre-et-Paul de Rosheim qu’André Silbermann construisit en 1733 son dernier orgue,  son décès étant survenu le 16 mars 1734. Placé à l’origine sur une tribune au revers de la façade occidentale, dans un buffet dont les ornements avaient été commandés au sculpteur colmarien Ketterer, il comptait vingt-deux jeux sur deux claviers et demi et pédale. Le montage sur place se fit du 3 août au 21 octobre 1733 et c’est Jean-André qui souda sur place tous les tuyaux, qui avaient été transportés sous forme de plaques de métal, à l’exception des tuyaux de façade et des corps des Trompettes. Accordé en 1782 par Michel Stiehr, l’instrument resta dans son état d’origine jusqu’en 1859, date à laquelle il fut décidé dans le cadre d’une campagne de débaroquisation du mobilier de supprimer la tribune. Cette entreprise était singulière au cœur d’une époque où on avait plutôt tendance à mettre les vestiges du passé au goût du jour, notamment dans le domaine des orgues. En 1863, l’ouvrage de Silbermann fut donc démembré au nom du “respect des styles” !

Voici les détails de ce regrettable épisode tels qu’ils étaient relatés dans le défunt et regretté site d’Eric Eisenberg :  “L’orgue Silbermann fut donc ramené au rang de “chose encombrante”, et l’on demanda à Joseph Stiehr de faire ce qu’il faut pour le loger dans une pièce “authentiquement romane” (construite en 1860…) située au sud du choeur. 
Joseph Stiehr dut donc se livrer aux travaux suivants : 

  • démontage du Buffet,
  • construction d’un Buffet rudimentaire en sapin, juste detiné à soutenir l’instrument, et conçu pour être logé dans l’ingrat local.
  • Construction de sommiers neufs pour les Manuels : il n’était plus question d’utiliser le Sommier du Positif de dos, puisque ce plan sonore devait être intérieur. Grand-orgue et Positif devaient partager les chapes de deux grands Sommiers. Le Sommier de Pédale (3 Chapes) fut conservé.
  • Construction d’une mécanique neuve parce que la Console devait être latérale.
  • Au Grand-orgue, la Cymbale fut supprimée, ainsi que la Tierce 1’3/5, remplacée par une Gambe.
  • Au Positif, la Fourniture fut supprimée, ainsi que la Tierce 1’3/5, remplacée par un Salicional. Le Nasard a été transformé en Flûte 4′, par décalage et adjonction de la première quinte (C-Fis). La Doublette fut réharmonisée en Flûte 2′.
  • L’Echo, devenu inutile, fut supprimé. 

Le Procès verbal de réception de ces travaux qui signé le 1er Juin 1863.  Stiehr se trouva donc en possession de nombreux éléments Silbermann. Heureusement, ce grand organier savait en reconnaître la valeur : lorsqu’en 1863, il obtint le marché de l’orgue de Waldowisheim, il proposa de loger son orgue neuf dans le magnifique Buffet de Ketterer. L’affaire fut ainsi entendue. Pendant longtemps, on avait cru que Stiehr avait construit des Sommiers neufs pour Waldolwisheim. En fait, en 2000, en découvrit que les Sommiers Silbermann pour les Manuels avaient aussi été sauvés par Stiehr.

     Il ne restait plus que l’Echo (un Cornet de 5 rangs, sans Trompette), deux Tierces “incasables” dans les années 1860, une Cymbale et une Fourniture. Mais Joseph Stiehr ne se résolut pas à “fondre” un aussi joli matériel. Toujours en 1863, cette fois à Lixhausen, il réussit à placer la Fourniture, le Dessus de Bourdon et le Cornet 3 rangs d’Echo..

En 1898, Franz Kriess, haussa le diapason de près d’un ton. La console de Stiehr fut transformée en 1935 par Jean Lapresté. La partie instrumentale (dix-sept jeux authentiques sur les vingt-deux d’origine !) fut classée au titre des Monuments historiques le 31 juillet 1973. Durant les années 1990, un projet de restauration de l’instrument avec retour en tribune et rachat des buffets à Waldowisheim et des tuyaux à Lixhausen n’a pas abouti.

Un relevage est en cours. Effectué par Quentin Blumenroeder il permettra le retour à l’orgue de Stiehr, avec notamment le rétablissement du diapason en si bémol. L’inauguration est prévue pour la fin du mois de juin de cette année.

 

 

 

Photomontage : l’église telle qu’elle pouvait se présenter avant 1859  (J.Ph. Grille)