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LE  BUFFET

buffet à un corps

photo : JPh Grille

Le buffet d’orgue est l’élément le plus visible de l’instrument. On le découvre dès l’entrée dans l’église ou la salle de concert. Il a trois fonctions essentielles : 

  • soutenir l’ensemble de la tuyauterie
  • former une caisse de résonance
  • abriter et protéger l’ensemble des organes constitutifs de l’orgue 

Généralement construit en bois (mais il y a des structures en béton ou en métal) il est à la fois un meuble très robuste qui témoigne des compétences du facteur d’orgues qui l’a construit, et une véritable œuvre d’art reflet du style de son époque. Son rôle décoratif dans l’édifice qui l’abrite est une constante essentielle dans l’histoire de l’orgue. Ajoutons même qu’il est souvent une représentation symbolique de la place dans la société de son commanditaire

Nous voyons ici le buffet de l’orgue de Griesheim s/Souffel. C’est un instrument de petite taille dont tous les tuyaux sont contenus dans un seul meuble. On parle de buffet à un corps.

 

buffet à deux corps

photo : JPh Grille

Ici avec l’orgue de Villingen (en Forêt Noire) nous observons un buffet plus grand et plus complexe. En avant d’un buffet principal appelé Grand Orgue, et qui contient les tuyaux du clavier principal, se tient en bordure de tribune un buffet de taille réduite, contenant des tuyaux plus petits que fait parler un deuxième clavier.

 

buffets complexes

photo : JPh Grille

Avec l’orgue de Ribeauvillé on est en présence d’un buffet très complexe. Outre le Grand Orgue et le Positif déjà décrits, on trouve dans la partie sommitale trois autres petits buffets. Si les deux éléments latéraux n’ont qu’une fonction décorative, celui du centre abrite les tuyaux d’un clavier supplémentaire appelé Oberwerk.

 

buffet de positif – détail

photo : J.P.Lerch

Le buffet du Positif de dos, ainsi appelé car il parle dans le dos de l’organiste, est toujours traité avec beaucoup de soin. C’est le plus souvent une réduction quasiment à l’identique du Grand Orgue. On peut admirer la richesse du décor de celui-ci (à Marmoutier) photographié pendant les travaux de relevage de 2010 et à l’occasion desquels on a retiré toute la tuyauterie.

tuyauterie de pédale Silbermann

photo : Roland Lopes

Dans les orgues Silbermann d’Alsace (à ne pas confondre avec les ouvrages de Gottfried Silbermann) la tuyauterie du clavier de pédale – ici dans l’orgue de Wasselonne – est située derrière le grand buffet.

tuyauterie de pédale orgue “germanique”

Photo : J.Ph.Grille

Dans les orgues d’Europe du Nord, la pédale est disposée de manière très différente : les compositeurs (J.S.Bach, D. Buxtehude, N.Bruhns, V.Lübeck, …) donnent à la basse une place mélodique à part entière. Le concepteur de l’instrument a donc placé la tuyauterie correspondante sur le même plan que les claviers manuels : on trouve alors des buffets de pédale en tourelle latérales, souvent même séparées du buffet principal et disposées en bordure de tribune, comme ici à Saessolsheim (Orgue B.Aubertin – 1995) 

ARCHITECTURE ET DECOR DU BUFFET

tourelle

Photo : J.Ph.Grille

Un des éléments essentiels du décor du buffet est la tourelle : 5 ou 7 tuyaux (selon la taille de l’ensemble) sont regroupés en demi-cylindre reposant sur une console. Il y a des tourelles centrales, comme ici dans le buffet de Grand Orgue de Molsheim, et des tourelles latérales.

tourelle trilobée

Photo : J.P. Lerch

La tourelle centrale de nombreux instruments de Jean-André Silbermann a été remarquablement travaillée devenant un chef-d’œuvre d’élégance : la tourelle trilobée. Imaginée en 1733 elle fut proposée pour Neuf-Brisach en 1736, mais sans suite. Elle fut réalisée pour la 1ère fois par Jean-André pour le Couvent des Unterlinden à Colmar en 1738. C’est elle que nous admirons ici dans l’église d’Eschentzwiller où l’instrument a été installé en 1792.

plate-face

Photo : J.Ph. Grille

Entre les tourelles le buffet comporte des tuyaux disposés dans un plan linéaire : la plate-face (ici à Altorf). Mais le décor reste très soigné avec dans la partie supérieure des claires-voies travaillées et au niveau des tuyaux un motif étagé très étudié : le dessin de bouches.

couronnement

Photo : J.M. Schreiber

Au sommet des tourelles on trouve presque toujours un couronnement. Il s’agit d’un motif sculpté qui peut être un pot à feu, un diadème, ou comme à Soultz (Haut-Rhin) les armoiries de la ville

cul de lampe

Photos :
gauche J.P.Lerch
droite J.Ph. Grille

La console des tourelles est également propice à des décors. A gauche le cul de lampe d’inspiration végétale du buffet d’Eschentzwiller ; à droite un motif plus figuratif sur l’orgue de Saint-Thomas de Strasbourg, sculptés l’un et l’autre par Johann August Nahl.

pot à feu

Photo : J.M.Schreiber

Le pot-à-feu est lui-aussi un motif traditionnel du décor des buffets d’orgue. Il constitue en effet un couronnement remarquablement esthétique de la tourelle. Il s’agit d’une sorte de vase en ronde-bosse d’où sortent des flammes. Apparu au début du 17ème siècle il laisse place souvent au milieu du 18ème à des éléments de style végétal comme une pomme de pin ou devient même, comme ici à Ebersmunster un vase de fleurs.

aileron (ou jouée)
classique

Photo : J.P.Lerch

Un aileron ou jouée est une grande pièce de bois sculptée qui orne les côtés de nombreux buffets baroques. Chez les Silbermann c’est presque un ornement systématique.
Il s’agit ici de l’aileron nord de l’orgue de Marmoutier, au décor sobre basé sur des entrelacs.

aileron “figuratif”

Photo : J.M.Schreiber

A Molsheim le décor est très différent : il s’agit de trophées d’instruments de musique (au sud violoncelle et serpent, au nord trompette, harpe, timbale et cor). Ces éléments proviennent sans doute d’un instrument antérieur à Silbermann, posé en 1618, et dont on sait très peu de choses.

LA CONSOLE

La place de l’organiste

Photo : J.P.Lerch

L’organiste est un musicien caché. Déjà exilé sur une tribune élevée il est de surcroit coincé dans le cas d’un orgue classique entre le buffet du Grand-Orgue et celui du Positif. L’espace est exigu mais l’art des facteurs d’orgue a légué un “poste de travail” somme toute très ergonomique.

Console à deux claviers

Photo : J.P.Lerch

Le poste de travail de l’organiste s’appelle la console. Dans l’orgue classique (donc dans les Silbermann) la console est intégrée dans le soubassement du grand buffet : elle est dite “en fenêtre”. Elle regroupe trois parties bien distinctes dans leur aspect comme dans leur fonction :
• les claviers (dont le pédalier)
• les registres, disposés de part et d’autre des claviers
• le pupitre ( ce qui n’est pas le moindre des organes si on ne joue pas de mémoire et si on n’improvise pas…)
Ici la console de l’orgue de Molsheim avec notamment son nouveau pédalier de 27 notes

trois claviers

Photo : J.Ph. Grille

Un vestige célébre et précieux : la console originale de l’orgue de St Thomas de Strasbourg, déposée lors de la restauration de 1928 et exposée dans l’église depuis 1979. W.A. Mozart a joué sur ces claviers lors de son passage à Strasbourg en 1778.

Claviers (détail)

Photo : J.Ph. Grille

Les claviers baroques alsaciens (ici ceux de l’orgue de Wasselonne reconstruits par Gaston Kern en 1992) se distinguent nettement des claviers modernes : les marches (notes bécarres) sont noires, réalisées en chêne plaqué d’ébéne, et les feintes (notes dièses) sont en fruitier teinté et plaquées d’os. La division (écart entre les notes extrêmes d’un octave) est inférieure à celle du piano moderne : 160 mm contre 165 mm. L’étendue est elle-aussi plus courte : 49 notes (C-c”’) contre 56 notes dans les orgues modernes. Ceci limite l’exécution de certains répertoires qui demandent des notes plus aigües.

Pédalier Silbermann

Photo : J.P.Lerch

Le pédalier-type des orgues Silbermann est extrapolé de celui dit “à l’allemande”. Les touches sont courtes et parallèles et le front des dièses est peu avancé. Le jeu sur un tel clavier impose le seul usage des pointes de pied. Mais les recherches musicologiques récentes confirment que c’était le cas dans toute l’Europe à l’époque de la construction de ces instruments, y compris en Allemagne. Ici nous observons le seul pédalier authentique de Silbermann qui nous soit parvenu : celui d’Altorf.

Pédalier moderne

Photo : J.Ph. Grille

Voici un pédalier moderne, dans une console indépendante à transmission électrique. La technique pointe-talon (permettant le legato) est rendue possible par la taille et l’aplomb des dièses, mais on est loin du “Monument historique”…

Tirants registres GO
(détail)

Photo : J.P.Lerch

La console n’aurait aucune utilité pour l’organiste si elle n’avait que des claviers. Avec les tirants de registres (ici le côté gauche de Marmoutier) disposés de part et d’autre des claviers l’organiste peut choisir les tuyaux qu’il veut faire parler. Chaque tirant lui permet de faire coulisser une règle dans le sommier permettant à l’air d’atteindre les tuyaux correspondants quand la touche sera abaissée et donc la soupape ouverte

Tirants registres Positif

Photo : J.P.Lerch

Au positif c’est le même principe. Mais pour simplifier la mécanique de transmission les tirants ne sont pas à la console mais sur l’arrière du buffet, c’est-à-dire dans le dos de l’organiste.

La mécanique de registres

Photo : R.Lopes

De l’autre côté de la console la mécanique de registres se prolonge par un système complexe mais très fiable : le tirant fait pivoter un pilote tournant (pièce en chêne de section octogonale axée verticalement). Celui-ci tire alors (ou pousse dans le cas de la manœuvre inverse) une entretoise appelée bras du pilote qui fait pivoter le sabre axé lui-même dans sa partie supérieure sur l’extrémité du registre en sortie de sommier, le faisant coulisser en position ouverte ou en position fermée.

Vue perspective

Photo : J.Ph. Grille

Nous observons ici en perspective la face avant du sommier de pédale (côté Ut bécarre) de l’orgue de Wasselonne. On observe : à droite le tampon de Laye maintenu par trois cales, au-dessus 3 chapes surmontées de leurs tuyaux respectifs (ici de droite à gauche : Clairon, Trompette, Flûte 8), qui surmontent les faux registres, encadrant 3 rainures où on peut deviner les registres

La laye

Photo: J.Ph.Grille

Le mot laye vient de l’ancien français et signifie tiroir. On retrouve cette racine dans la layette (vêtements que l’on place dans le tiroir). Ici, le tampon de laye a été retiré pour permettre d’observer les soupapes. Lorsque ce tampon est en place l’air issu du porte-vent (cf. plus loin) est maintenu sous pression dans la laye.

Soupapes et boursettes

Photo : J.Ph. Grille

Dans la laye on trouve l’ensemble des soupapes du sommier. Ce sont de fines pièces de bois, de section triangulaire, axées en queue avec une charnière en peau. Chacune d’entre elles est maintenue fermée par un ressort en laiton . La touche du clavier correspondant actionne une vergette (cf plus loin) qui vient tirer la soupape au moyen d’un petit crochet, l’esse , ce qui permet de laisser passer l’air dans la gravure située dans la partie supérieure. Le passage de cette mécanique dans la laye doit être étanche : cela est obtenu par une pièce de peau souple qui accepte le léger déplacement correspondant au tirage de la note, la boursette .

Les registres

Photo : J.Ph. Grille

Le cœur du système ce sont les registres. Nous pouvons observer ici 10 des 12 coulisses du Grand Orgue de l’instrument de Wasselonne. Nous sommes au centre de ce plan sonore, c’est-à-dire entre le sommier Ut dièse à gauche et le sommier Ut bécarre (hors-champ) et comme il y a deux coulisses par registre (une par sommier) elles sont reliées entre elles par une entretoise ( cf. cadre blanc) pour pouvoir coulisser en même temps.
(pour l’explication des sommiers diatoniques se reporter à la rubrique ” Division des sommiers Ut dièse/Ut bécarre”)