MULHOUSE – Temple Saint-Jean

Photo : J.Ph.Grille

Jean-André Silbermann

1766

Buffet classé au titre des Monuments historiques en 1992

L’histoire de “l’orgue Silbermann” du temple Saint-Jean est complexe mais très intéressante. En 1763 la ville décida l’acquisition d’un nouvel orgue pour l’église paroissiale Saint-Étienne, alors la seule existante, qui avait été consacrée en 1186 en présence de l’empereur Frédéric 1er Barberousse. L’ancien orgue de cette église, construit par Hans Huodt en 1616 était à bout de souffle. Ce furent les nombreuses réalisations des Silbermann (en particulier celle de la cathédrale de Bâle, 1711), qui déterminèrent le choix de la cité. Une commission, présidée par Josué Hofer, vice-bourgmestre, et composée de treize notables fut constituée. Mulhouse entendait entrer dans la “lutte musicale” entreprise en Alsace par bien d’autres cités. Lors de son séjour d’étude, commencé le 23 févier 1764, Jean-André Silbermann élabora un projet visant à construire un orgue entièrement neuf. L’emplacement choisi pour recevoir le nouvel orgue fut le mur de la tour. Le montage se fit en deux temps en raison du froid de l’hiver : une partie en automne 1765, l’autre au printemps 1766. Il nécessita le travail de quatre personnes qui logèrent chez l’habitant. Le 12 juin 1766, Silbermann enseigna aux deux organistes Jean Braun et Jean-Jacques Martin la manière d’accorder les jeux d’anches, inscrivant sur son dossier : « Gott sey Dank fertig worden. Dem nach habe ich in Müllhausen gearbeitet: 1765 November 4 Wochen. 1766 May und Junius 5 Wochen. »  Le facteur Karl Josef Riepp de passage à Mulhouse visita le chantier et admira particulièrement le Bourdon 16 du grand-orgue, dont il releva les cotes. Par ailleurs, c’est en entendant chanter la communauté paroissiale que Silbermann décida d’introduire une Bombarde de 16 plutôt qu’une Posaune 16 qui eût été trop douce pour l’accompagnement du chant. 

L’orgue dans l’église Saint-Etienne en 1858

Gravure de Louis Schoenhaupt, 1858, Musée historique de Mulhouse

 

Mais en 1858 le conseil municipal de Mulhouse décida la destruction de l’église Saint-Étienne : l’orgue Silbermann fut démonté et entreposé par Bernhard Mercklin dans les combles de l’église française érigée en 1836. Dans le tout nouveau temple St-Étienne un orgue “plus prestigieux” avait été commandé au facteur allemand Walcker ; il s’agissait de répondre à l’église catholique éponyme où avait été construit le seul orgue Cavaillé-Coll d’Alsace. L’orgue Silbermann ne fut “réveillé” et reconstruit en la nouvelle église française (futur Saint-Jean)  qu’en 1867. Depuis 1835 l’église avait été dotée d’un autre instrument qui finit par être vendu à la paroisse de Sausheim. Hélas, les travaux de transfert furent accompagnés de transformations profondes pour mettre l’instrument “au goût du jour “. La pneumatisation de la transmission effectuée par Walcker en 1910 acheva de dénaturer l’ouvrage de Silbermann, qui érigé de surcroit sur une tribune trop exigüe vit son buffet amputé de son couronnement. Cet instrument fonctionna tant bien que mal pendant plusieurs décennies.

En 1972 un travail très ambitieux fut confié au facteur d’orgue strasbourgeois Alfred Kern, qui reconstitua l’instrument avec une mécanique suspendue et dans une composition assez proche des origines. L’en distinguent les points suivants :

  • la Cymbale du positif n’a pas été restituée
  • la Cymbale du grand-orgue n’a que deux rangs
  • un Prestant 4 et une tirasse ont été adjoints au pédalier porté à vingt-sept notes

Le buffet, classé au titre des Monuments historiques en 1992, a été posé sur une tribune basse, ce qui a permis de restituer son couronnement, avec les armoiries de la ville de Mulhouse.

 

Couronnement du buffet avec les armoiries de la Ville de Mulhouse

Photo : Joël Eisenegger