COLMAR – Collégiale Saint-Martin

Photo : J.Ph.Grille

Jean-André Silbermann

1755

L’orgue que Jean-André Silbermann a installé en 1755 à la collégiale Saint Martin était un grand huit pieds de trente-huit jeux sur trois claviers et pédale, dans un buffet très comparable à celui de Saint-Thomas de Strasbourg construit en 1741. Il a été agrandi une première fois en 1828 par Joseph Callinet, puis totalement démantelé en 1911 par Joseph Rinckenbach pour être remplacé par un orgue symphonique de quatre-vingt-dix jeux à traction électro-pneumatique et dans lequel quelques centaines de tuyaux seulement ont été réemployés après avoir été, bien entendu, réharmonisés au goût de l’époque.

Parvenu à un degré d’essoufflement extrême, cet instrument a été démonté en 1976 et les tuyaux de Silbermann subsistants (environ quatre cents) déposés dans l’orgue de l’église des Dominicains où cet autre Silbermann, racheté à Saint-Georges de Sélestat par la ville de Colmar en 1900, attend une future restauration selon l’esthétique d’origine.

Le peu qui restait de Silbermann autorisa la paroisse  qui a financé toute l’opération à choisir pour la reconstruction, une direction radicalement nouvelle. Le nouvel instrument a été réalisé dans le style des orgues d’Allemagne du Nord de la fin du 17ème siècle, à la manière d’Arp Schnitger. Il en a donc les caractéristiques essentielles : tuyaux en plomb, nombreux rangs de mixtures, principaux étroits, mutations principalisantes. Une pédale polyphonique de quatorze jeux allant du 32′ au 1′ offre, avec ses cinq jeux d’anches, des possibilités très étendues.

L’entreprise suisse Orgelbau Felsberg a été chargée de cette réalisation. L’harmonisation est l’œuvre de Jean-Marie Tricoteaux qui avait déjà fait ses preuves dans les réalisations de type “nordique” avec l’orgue de chœur Schwenkedel de Masevaux et celui de cette même Collégiale Saint Martin.

Mais les magnifiques buffets qui avaient été, eux aussi, remaniés, déplacés et agrandis au début du siècle, ont été reconstitués dans leurs proportions primitives et ont retrouvé leur équilibre. A l’aide d’archives, les nouvelles montres ont été, elles aussi, reconstruites dans le dessin exact de celles de 1755. Si bien qu’au niveau strictement visuel c’est l’ouvrage original de Silbermann qui trône  à nouveau sur la tribune de Saint-Martin.